Joël de Rosnay depuis le Macroscope, il y a plus de trente années, avec Edgar Morin, ont marqué ma façon de penser.
J’ai donc envie de réagir, et de me servir, de son dernier ouvrage « 2020 les scénarios du futur » pour illuminer ce que je crois être la politique aujourd’hui. J’espère ne pas trahir son propos, en tentant de résumer ce que son livre m’inspire.
Nous sommes de plus en plus dans un monde où la traçabilité des individus devient de plus en plus prégnante, où les outils de surveillance sont de plus en plus efficaces : au nom d’une sécurité qui favorise les peurs du plus grand nombre, on porte atteinte de plus en plus, à mon, à ta liberté individuelle.
Notre société se complexifie, l’évolution s’accélère, au profit de qui ?
Les solutions proposées par les politiques, sont des solutions étroites, parcellaires, alors que tous les problèmes sont liés, et que la prise de conscience de la convergence entre tous les problèmes est lâchement évacuée.
Nous sommes en train de changer de paradigme : notre société ne marchera plus comme elle a marché jusqu’à aujourd’hui.
Comment gérer la complexité nouvelle pour construire le monde de demain ?
Une cellule, tout organisme vivant, la planète, elle-même, l’écosystème dont nous sommes partie prenante, sont des systèmes complexes.
Le développement de ces systèmes s’accélère en se développant, mais aussi peut les détruire.
Notre écosystème, notre ville, notre agglomération de communes, sont constitués d’ »agents », de bâtiments, de réseaux de transports, de lieux de stockage de vivres, d’énergie, d’eau… en interrelations, où plusieurs niveaux de pouvoirs hiérarchiques, plus ou moins dépendant les uns des autres, se confrontent, ou se confortent, au milieu de réseaux (plus ou moins nombreux et vivants et influents).
Mais les comportements réciproques de ces agents, de ces réseaux ne sont pas toujours prévisibles, d’autant plus qu’ils acquièrent une indépendance de pensée et d’expression, que d’aucuns voudraient faire taire, alors que les nouvelles technologies de la communication (l’Internet) en favorisent le déploiement.
Notre société, et ses pouvoirs en place, sont confrontés à des exigences nouvelles, et difficiles à repérer : derrière ces évolutions mal maîtrisées, il y des ruptures à prévoir !
Tout organisme vivant est composé de réseaux de communication, en interactions. Avoir une approche systémique, comme le propose Joël de Rosnay, c’est se concentrer sur ces interactions.
Comment va réagir le » système », si je modifie tel ou tel paramètre ?
L’approche systémique conduit à une action par objectifs, et à un pilotage réactif plutôt qu’à une programmation aveugle et parcellisée : l’action ne peut être efficace que si l’on traite les interrelations.
Face aux changements imposés par la science et la technologie, les politiques sont sommés de réagir :
Trois évolutions sont possibles dans un système de plus en plus complexe :
1) l’accroissement du désordre ( l’entropie) : la désorganisation croissante et le système, alors, va disparaître (« la machine à perdre »).
2) L’auto organisation se contente de compenser l’augmentation du désordre : c’est le statu quo, l’immobilisme !
3) L’auto organisation augmente plus vite que l’entropie : la complexité s’accroît, de nouveaux réseaux se mettent en œuvre. Le système s’accélère de lui-même : un seuil est franchi : et c’est le développement durable !
C’est ce qu’a amorcé la campagne de Ségolène Royal (par une écoute organisée de différents réseaux), mais trop tardivement, freinée par la pesanteur des « éléphants » : cette dynamique est lancée, il faut laisser du temps au temps avant que l’accélération inexorable survienne.
L’Internet, saut quantique dans le temps, apparaît comme le démultiplicateur, l’accélérateur des mutations sociales, mais aussi de mutations-sélections. L’Internet serait donc, comme une sorte de système nerveux dont les internautes seraient les neurones.
Un petit rappel : le système nerveux est composé de deux sortes de neurones :
- les neurones pyramidaux, ou de commandes, les moins nombreux, reliés les uns aux autres hiérarchiquement. On peut les comparer aux pouvoirs traditionnels – neurones de commandement – qui tiennent à garder leur suprématie.
- Les neurones en étoile (beaucoup plus nombreux que les neurones pyramidaux, dans le système nerveux) liés, les uns aux autres, en réseaux complexes (et d’autant plus complexe que l’organisme vivant est plus évolué), ils sont les lieux d’échanges les plus riches, lieux de la mémoire, de la création, de la subjectivité, de l’imagination.
Ces neurones en étoiles sont en interrelations complexes dans le cadre de zones d’échanges et de connexions : les synapses.
Activer la démocratie participative, c’est multiplier ces « synapses » de rencontres, d’interrelations, pour écouter, confronter, passer de l’individualisme à la solidarité.
Mais ce monde d’interconnexions technologique (biologie, sociologie, électronique physique, chimique, …) peut être le meilleure ou le pire ! Va-t-il être géré, confisqué par une minorité ou bien contrôlé, dynamisé par la richesse des intelligences du plus grand nombre. Plus il y aura de neurones en action, plus ils échangeront dans des synapses divers, plus notre société pourra évoluée vite, et conformément aux besoins et aux vœux du plus grand nombre.
Rendre le pouvoir aux citoyens, tel est l’enjeu !
Journaux citoyens ou collaboratifs, créations collaboratives de contenus éducatifs, d’émissions de télévision, de musiques, de livres : passons d’une société de « consommateurs passifs » à des « consommateurs-auteurs ou acteurs » !
Cette montée en puissance des citoyens inquiète les entreprises à structures classiques, ainsi que beaucoup de pouvoirs en place (y compris dans nos partis de gauche), enfermés dans leurs hiérarchies rigides et leurs systèmes de commandement et de contrôle pyramidaux.
« On est à l’aube de ce nouveau contre-pouvoir, fondé sur l’intelligence connective et les médias de masse »
Politiquement, les réseaux solidaires de l’Internet pourraient participer à l’avènement d’une écologie politique construisant une autonomie locale, tout en restant reliés au global.
Mais le risque de perdre le contact humain est grand : d’où l’importance de favoriser les confrontations sociétales, l’écoute des autres dans des situations de proximités physiques (quartiers, associations, partis, syndicats et autres).
L’électronique ne peut tout faire !
Le bulletin dans l’urne, indispensable, n’est plus suffisant. La participation concrète des citoyens (par les idées, les propositions) ainsi que par le contrôle des actions entreprises par les décideurs, devient nécessaire.
Il faut engager un véritable dialogue, reposant sur un respect mutuel entre le politique et le citoyen.
»A l’exercice solitaire de l’intelligence élective (base des systèmes politico – économiques actuels) , préférons l’exercice solidaire de l’intelligence connective ! ».
L’enjeu, c’est qu’en se montrant « constructifs » on a plus de chances de construire son futur que de le subir.

Les commentaires récents