Monnaies alternatives
Michel ICKX
Elles sont de différents types, allant des Sels (systèmes d'échange libre) aux Time $. Les différences entre elles sont moins importantes que ce qu'elles ont en commun, et qui les différencient des monnaies traditionnelles émises par des banques privées ou officielles:
1) Elles s'éliminent aussitôt qu'une série d'échanges s'est conclue, ce qui évite tout danger d'inflation ou de thésaurisation et de spéculation.
2) Elles se créent à partir de l'échange, ce qui les rend aussi abondantes que le niveau d'activité de la communauté. Cet aspect leur confère un énorme avantage face au chômage car elles ne limitent jamais le niveau d'activité possible ou souhaitable dans une logique, non d'emplois, mais bien d'accès au travail entendu comme phénomène d'échange économique spontané.
La modestie du mouvement actuel et le peu de crédibilité qu'elles ont auprès des milieux financiers orthodoxes, ou la méconnaissance du grand public ne devrait pas induire à nier la possibilité d'une croissance rapide à moyen, ou même, à court terme: Internet ou Grameen (la Banque des pauvres) comptaient bien moins d'adeptes et de crédibilité, il n'y a pas très longtemps. Aucun de ces deux phénomènes n'étaient pris au sérieux au début et ils se sont imposés malgré le scepticisme des détenteurs de la vérité officielle et des entreprises qu'ils ont déplacés.
On est frappé en observant la croissance de ces initiatives locales depuis la fin des années 80 (de plus ou moins 250 à 5000 en l'an 2000) et surtout leur multiplication comme moyen de survie dans les nombreux pays - et pas des moindres - qui ont connu de graves crises monétaires au cours des récentes décennies.
Bernard Lietaer, ex-dirigeant de la Banque Nationale de Belgique, architecte de l'Euro et considéré par Business Week comme le premier expert mondial en devises les considère, dans son récent livre "The future of money", non pas comme un phénomène intéressant, mais comme la seule solution aux problèmes de l'emploi, de l'environnement et surtout pour amortir les effets négatifs d'une politique monétaire basée sur les taux d'intérêts d'une monnaie centrale, effets pervers qui se font de plus en plus dangereux dans la complexité de l'économie mondiale.
Il va même jusqu'à envisager une chute libre du $, dont il estime la possibilité à plus de 50%, dans les deux prochaines années. Dans le mouvement des capitaux libres, facilité par les échanges virtuels instantanés, selon Lietaer, en cas d'attaques de quelques opérateurs semblables à celle que George Soros déclencha avec succès contre la Livre Sterling, toutes les réserves des banques nationales des pays riches ne dureraient aujourd'hui pas plus de 3 heures pour contrer une opération spéculative à la baisse.
Il existe aujourd'hui suffisamment d'expériences d'échecs et surtout de réussites pour pouvoir analyser avec rigueur les conditions indispensables à leur succès. Ce qui est certain c'est que là où elles se sont implantées, les communautés sont solides et soutenables En outre elles tendent à s'unir pour permettre des échanges au-delà de l'entourage local.
Toutefois, telles les premières communautés chrétiennes à l'époque des catacombes, elles ne cherchent pas à obtenir une reconnaissance officielle, se contentant de recueillir de nouveaux adeptes dans leur entourage immédiat. Internet facilite leur extension au niveau national et même international.
Certains pays commencent à leur reconnaître un statut officiel. Au Japon, un système de bons d'échange ou "crédits" basé sur le mécanisme des monnaies alternatives, permet d'accumuler l'équivalent de futures services de la sécurité sociale pour le troisième age, à partir de prestations volontaires personnelles actuelles de personnes actives. Cela allége le coût du système social en échangeant les services selon la logique "peer to peer" sans passer par une lourde et coûteuse bureaucratie.
En Nouvelles Zélande les monnaies alternatives ont acquis un statut de reconnaissance auprès du fisc, étant même exemptes de la taxe de transmission dans certaines conditions. C'est aussi le cas aux Etats-Unis où toutefois la taxe de transmission doit être satisfaite quand le service ou le produit échangé sont l'objet de l'activité économique reconnue du prestataire ou fournisseur.
Ajoutons enfin que ces moyens d'échanges ou des monnaies à caractéristiques similaires (ne donnant pas droit à des intérêts ou même gravées d'intérêts négatifs) ont existés au cours de l'histoire, dans l'Égypte ancienne et au moyen age, apportant de longues périodes de prospérité.
Ceci dit, il est peu probable qu'elles soient l'objet du programme politique d'un grand parti ou d'une initiative systématique de la part des milieux monétaires orthodoxes, car elles remettent en question trop de "territoires de pouvoir". Elles ne retiennent certes pas l'attention de la pensée unique, des partis de droite et des défenseurs du néo libéralisme.
Ce seront donc plus tôt les circonstances qui créeront les conditions de leur extension inévitable. Parmi ces circonstances, notons, comme facteurs positifs, le développement des réseaux, de la logique "peer to peer", le désir d'un retour au local, et, comme facteurs négatifs, la grande crise économique et monétaire qui parait de plus en plus probable, l'impossibilité de résoudre le fléau du chômage avec les moyens traditionnels, les pressions de l'environnement et l'appauvrissement des pays et des classes moyennes, la démographie et surtout la brèche croissante entre les plus riches el les moins nantis.
Des experts et de grands économistes comme Bernard Lietaer, l'économiste Chilien Manfred Max Neef (prix Noble alternatif) Schumacher, Sylvio Gesell (considéré par Maynard Keynes comme plus important que Marx pour le XXIème Siècle), ont préparé le terrain ou y travaillent activement.
Voir: www.thetransitioner.org,
www.selidaire.org,
http://www.futurenet.org/article.asp?id=886
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